Le voyage se termine, je suis rentré en France il y a deux semaines, le 23 juin, à 9h40. L'aterrissage s'est bien passé, les retrouvailles avec la famille aussi... Epanouî, enivré et heureux comme dit la chanson.
Il me reste un mois d'aventures à vous raconter ; ne vous inquiétez pas ça viendra. Sous nos latitudes, l'été approche, c'est à vous de partir en vacances. Avec un peu de chance, à votre retour, j'aurai écrit la fin du voyage, pour prolonger le rêve quelques minutes encore...
En attendant la suite, un jour.
Salut les toons !
Je reprends ma plume...
Arrivée à Copacabana vers le 12 mai; en plus dans le bus y'a plein de Françaises (et des Boliviens aussi quand même). Au restau le soir un mec m'aborde :
" on s'est vu au Paseo Jama, moi j'étais en vélo et toi pieds nus"
J'avoue avoir cogité quelques secondes, rembobinage rapide dans ma tête, et oui je m'en suis souvenu ; deux cyclistes avec qui on avait discuté 5 minutes au poste de douanes Argentin, venant du Chili, il y a à peu près deux mois.
Le surlendemain, Maguy, Marie, Claire (les Frenchies du bus), Fabien (le Suisse en vélo), et moi, partîmes pour l'Isla del Sol (Ile du Soleil en Francais, Inti-jesaispasquoi en Aymara), dans l'idée d'y passer une nuit, le temps d'en profiter. On a perdu Marie et Estelle en route, plus pressées que nous ;
Maguy, Fabien et moi marchions, vaguement à la recherche d'un endroit où passer la nuit. Et là, au détour d'un grain de sable, nous est apparue La Posada del Inca :

Une plage, une cuisine, des matelas ? on pensait y rester une nuit, on y est resté quatre jours. La journée type :
Réveillé par le lever du soleil,
Regardage des moutons et vaches qui montent aux pâturages en passant par la plage,
Petit dèj (de droite à gauche Maguy, Fabien et Pedro)

Lecture de Harry Potter 7 (qui sort le 16 juillet partout dans le monde, mais la magie de la Bolivie m'a procuré un exemplaire photocopié pour 2 euros au marché, et même que Harry Potter il meurt à la fin *
Déjeuner

Bronzage
Regardage des moutons et vaches qui rentrent, sur fond de soleil couchant, argh,
Dîner de plusieurs heures de fou avec Fabien ze chef
Au bout de 4 jours on n'avait plus de nourriture, alors on a bougé vers le prochain bled. On a demandé à la fille de notre hôte, qui passait ses journées avec nous, à combien de temps était le prochain village ; elle nous a répondu : "Moi je mets un peu moins d'une demi-heure, mais vous les touristes vous passez votre temps à regarder les paysages et à parler aux lamas, vous allez mettre trois quarts d'heure en gros": Et bien on a mis exactement trois quarts d'heure, et c'est une des (très) rares fois en Bolivie qu'un renseignement s'est avéré juste.
Après une nuit supplémentaire, Fabien et moi avons rejoint le continent et Copacabana ; départ le lendemain pour Puno... au Pérou !
* Mais non je rigole c'est le héros il va pas mourir quand même
La Paz, La Paz, capitale la plus haute du monde. De toute façon, tout ce qu'on trouve en Bolivie est le plus haut du monde. Moi j'ai déjà eu mon petit dèj le plus haut de toute ma vie, une turista à plus de 3000 mètres, la classe, et bien d'autres...
La Paz est une grande ville (eh oui...), j'ai pas fait grand chose à vrai dire. Moi, fatigué par le voyage ? Meuh non vous exagérez. J'ai passé le premier jour à m'adapter à l'altitude, c'est à dire ne rien faire (là pas de problème), mâcher de la coca comme si la vie en dépendait (là aussi ça me va), boire beaucoup (passe encore), manger léger et ne pas boire d'alcool (Hmmm un steak et une bière SVP, avec plein de frites merci).
C'est rigolo La Paz, c'est une grande ville (eh oui encore...), mais ça reste la Bolivie : un nombre incalculable de marchés, des stands dans la rue qui vous vendent des hamburgers, des chausettes et des cédés, des crieurs d'itinéraire dans les bus (Imaginez dans le wagon de tête de chaque métro un mec qui passe la tête par la fenêtre et hurle le nom des prochaines stations), et ainsi de suite.
Entre autres activités passionnantes, j'ai vu Spiderman 3 et mangé beaucoup de glaces. J'ai aussi passé une journée en vétété, à dévaler la soi-disant "Route la Plus Dangereuse du Monde". C'est une des attractions touristiques principales de La Paz : descendre en vélo (avec un casque, un guide et 2 freins à disque) cette route qui rien que l'année dernière a tué près de 100 personnes. Pourquoi autant ? C'est la seule route qui monte à La Paz, elle mesure 3 mètres 20 de large : d'un côté un gros mur en caillou, de l'autre un gros précipice en air (le plus haut fait près de 1000 mètres ou un truc comme ça, mais peu importe, chuter de 100 ou 700 mètres...). Fort heureusement a été construite une nouvelle route, plus sûre boliviennement parlant. 96 kilomètres à plus de 200 millions de $, et ben ça fait chérot du kilomètre !
Ce fut une attraction touristique certes, mais pas pour autant aseptisée. Un Israëlien a soi-disant fait le guignol il y a de cela un mois et s'est retrouvé dans le vide... Ca calme avant le départ, émotions fortes garanties.
Aux alentours du 10 ou 12 ou 14, peu importe c'était quelque part en 2007, je suis parti de La Paz pour Copa, Copacabana, sur les bords du Lac Titicaca. Durée du trajet ? Trois heures. La farce ! Du coup j'ai eu le temps de rien faire dans le bus, je me suis cantonné à regarder le paysage (les Andes au loin, les lamas, tout ça, la routine quoi).
Fiche technique :
Moteur : 12 milliards de kilomètres
Intérieur : pas de lumière, sièges vaguement inclinables.
Extérieur : le pare-brise (et c'est grand un pare-brise de car) a été avantageusement remplacé par du scotch. Dans le même souci de légèreté et d'aérodynamisme, le rétro conducteur a été retiré.
Roues : Pneus d'engin de chantier pour plus d'adhérence dans la boue.
Equipement : Une barre à mine et un truc qui devait un jour ressembler à une pelle.
Conducteur : détenteur d'un permis de conduire en mousse, trouvé en cadeau au fond d'un carton de péqu.
La route était dans un état pitoyable ; je ne pourrais vous conter tous les détails. Des centaines et des centaines de kilomètre de boue, 5 ou 6 fois enlisés, deux nuits passés enlisés à attendre que quelqu'un débarque pour nous sortir de là, une demi-journée bloqués par les flics qui barraient la route parce qu'elle n'était soi-disant pas carossable (Ah bon ça peut être pire ?), trois jours à manger des bouts de trucs qu'on arrivait à dégoter dans les villages. Mais comment font ces gens sans camembert ?

A Rurrenabaque, descendent Ln et Thomas, ciao les tourtereaux, bon voyage. A moi l'ascension des Andes ; 16 heures pour passer de quelques centaines de mètres au niveau de la mer à près de 4000 mètres. Lever de soleil dans le bus, brumes et montagnes, et surtout feuilles de coca pour l'altitude ; j'en avais jamais pris autant. En descendant du bus j'avais les 3/4 de la bouche anesthésiée, et je ressentis un léger soulagement à l'idée d'être enfin arrivé. A moi La Paz !
La journée type :
Lever 6 h, les lueurs du levant filtrant à travers la moustiquaire
Ptit dèj : riz et viande séchée. Un des moments les plus durs depuis des mois. Il fallait voir nos têtes quand la cuistote nous a amené nos auges... Dur.
Matinée : On parle de nourriture et on essaye les hamacs. On compte les piqûres de moustique de la veille. Mon record : sur le pied gauche (cheville non incluse c'est important) 53 piqûres. Ça fait beaucoup au mètre carré c'est moi qui vous l'dit.
Midi : soupe et riz et viande séchée. On parle de bouffe une fois de plus.
Après-midi : tentatives de changements de techniques d'accrochages de hamacs, et essais pour voir si le hamac fonctionne toujours bien.
16 h Réveil et fin du test. On mange notre ration de 4 Oreo. Rhaaaaaaaaa du sucre !
16h30 Il fait trop chaud on n'en peut plus... Le bateau s'arrête au bord du fleuve pour décharger des vivres dans une communauté qui vit là-au-milieu-de-la-forêt. On en profite pour se baigner, on fait les guignols, on se fait emporter par le courant en esquivant les piranhas, l'éclate.
17h Le bateau repart, on nous apprend qu'il y a souvent des anacondas et des bestioles qui traînent dans ces eaux. J'ai jamais su s'ils nous disaient ça en plaisantant ou non...
17h40 Diner ! ouais ! Riz et viande séchée, un délice.
17h53 Le soleil commence à se coucher, et se réveillent les moustiques. On abandonne l'attirail short - torse nu pour se parer d'un léger jean-chaussettes -chaussures-tshirt manches longues-repulsif à moustiques... En se posant à l'avant du bateau on a un petit courant d'air qui aide un peu.
20h On papote, cheveux dans le vent, sous le clair de lune, on disserte sur le sens de la vie (mot qui étonnament rime avec whisky)
22h On retrouve nos amis les hamacs et les moustiquaires, et un bon dodo au rythme du Diesel Volvo.
Bon évidemment, étant donnée la baraka que j'ai en ce qui concerne tout moyen de transport, ce n'était pas tous les jours si facile.
Une panne d'alternateur nous a bloqué une nuit le temps de trouver une batterie pour pouvoir redémarrer l'engin. Le lendemain matin on repart, et le capitaine se dit sagement "ouh la la il faut surtout plus arrêter le moteur parce que sinon on pourra plus le démarrer". Le soir même on s'arrête dans un bled pour décharger je ne sais quoi, le capitaine se fait offrir une bière puis deux puis douze ; quand il remonte sur son bateau : " Nan mé oh ! kezkézé qu'ce tru machin qui fait un potin po possible éteijgnez moi ce bord*** là !" Et il coupe le moteur. Et on a donc passé la nuit là. Merci Roger !
Le lendemain on a réussi à démarrer l'engin en piquant une batterie d'une des camionettes qu'on transportait et en faisant tourner le démarreur à la main (On était 6 dans la boue à tirer sur une corde, l'éclate).
On a tout de même réussi à arriver à bon port, à Guayara-Merin, où on est resté deux trois jours avant que je ne me décide à partir pour La Paz :
"Bonjour ça dure combien de temps le voyage pour la Paz ? 20 heures pas lus hein c'est pas si loin que ça ?"
"Oui c'est ça, entre 24 heures et deux jours et demi, ça dépend de l'état de la route"
"..."
Deux jours dans un bus ?
